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Les «Oubliées»

Le combat de Sylvia Apata, juriste spécialisée dans les droits des femmes pour les Habitantes des terres rurales de Côté d’Ivoire.

Lorsque l’on arrive dans un village ivoirien, il est très vite évident que ce sont les femmes qui activent et ordonnent le quotidien. Elles sont partout : elles vendent, elles cuisinent, elles cultivent les champs, elles transforment les matières premières, elles gardent les enfants.

Malgré cette réalité, socialement elles n’existent pas. Elles sont épouses, filles ou sœurs ; à ces titres, elles « appartiennent » toujours à un homme au risque de faire partie de l’héritage du mari décédé que l’on lègue à son beau frère. Seules 3 % d’entre elles ont un titre de propriété foncière1. Elles accèdent très peu au crédit. En milieu rural, 80 % d’entre elles ne savent ni lire ni écrire2 car la priorité est de donner une éducation aux garçons, futurs  « chefs de famille ». Elles sont « Oubliées ».

Sylvia Apata a décidé de mettre ses compétences et son énergie au service de ces « Oubliées ». Cette Ivoirienne de 26 ans est juriste. Dès son enfance, elle se demande pourquoi il est attribué à chaque sexe des rôles précis. L’engagement de sa mère au sein des Femmes actives de Côté d’Ivoire lui permet de trouver des réponses notamment juridiques. En 2014, elle se spécialise dans le droit des femmes et s’engage aux côtés de l’ONEFF (Organisation Nationale de l’Enfant, la Femme et la Famille) pour que l’égalité homme/femme soit respecté dans le programme ivoirien d’aide public au développement. Voyant que les habitantes de milieu rural sont celles qui souffrent le plus d’inégalité, de violence et de discrimination, elle s’investit localement dans des organisations pour que les habitantes des villages connaissent leurs droits. Elle les aide également à les faire respecter. Sylvia passe environ une semaine tous les deux mois sur le terrain. Des relations de confiance s’établissent entre elle, les femmes et les chefs coutumiers. Ces liens sont précieux et lui offrent la possibilité de faire évoluer les mentalités autant que le respect des droits.

En dehors des inégalités « habituelles », les femmes doivent parfois faire face à des menaces extérieures. Les femmes rurales cultivent à elles seules 60 à 80% des productions alimentaires3. L’agriculture est leur activité principale. Des sociétés viennent leur proposer des semences ou des produits phytosanitaires au prix fort sans garantir de débouchés ni de sécurité sanitaire. D’autres proposent de donner des produits à quelques femmes ce qui risquent de créer des discordes au sein de la communauté. En effet, dans les villages, les femmes s’organisent en coopérative pour les activités agricoles.

Les obstacles sont nombreux et parfois sybillins. Ils peuvent pourtant mettre à mal toute l’organisation du village : sa sécurité alimentaire, son économie et sa sûreté. Sylvia Apata apporte l’éclairage juridique et législatif nécessaire au maintien de cet équilibre fragile.

1Sources : ONU-Femmes, 2010
2Sources : Enquête sur le niveau de vie des ménages en Côte d’Ivoire, 2015- Ministère du plan et du développement, Institut National de la Statistique.
3Sources : UNESCO

 

Date

21 octobre 2016

Category

Reportages