Patrick Liaud - Taxidermiste - Gabriel Loisy
1667
portfolio_page-template-default,single,single-portfolio_page,postid-1667,qode-social-login-1.0,ajax_fade,page_not_loaded,,select-theme-ver-4.2,vertical_menu_enabled,paspartu_enabled,menu-animation-line-through,side_area_uncovered,wpb-js-composer js-comp-ver-5.4.4,vc_responsive

Patrick Liaud – Taxidermiste

C’est dans un petit village des montagnes vosgiennes (Le Valtin, 88) que Patrick Liaud Liaud a choisi de s’installer pour pratiquer son activité professionnelle. Il exerce un métier méconnu, criblé de préjugés et souvent tourné en dérision à travers le cinéma ou internet : la taxidermie.

 

Originaire de la Loire, Patrick Liaud est passionné par les animaux depuis son plus jeune âge. D’abord cuisinier, il a découvert l’Art de la taxidermie après une partie de pêche entre amis au cours de laquelle il fût une belle prise qu’il eut envie de garder en souvenir de cette magnifique journée. Après ce premier essai en demi-teinte, il décida d’améliorer sa technique en se plongeant dans les livres spécialisés. Voilà comment Patrick Liaud a mis le doigt dans l’engrenage.

 

Après 10 ans passés au musée de la faune de Lorraine à Xonrupt-Longemer (88), Patrick Liaud décroche le titre de Meilleur Ouvrier de France et s’installe à son compte en l’an 2000. Cela lui amène une nouvelle notoriété et de nouveaux clients.

 

Les Vosges comptent seulement deux professionnels dans le milieu. Ils sont environ 200 à l’échelle de la France. Rares sont ceux qui, comme lui, parviennent à faire vivre une famille entière rien qu’avec cette activité.

 

La majorité de ses réalisations sont des trophées de chasse : des gibiers des fôrets vosgiennes mais aussi des animaux plus exotiques issus de safari en Afrique. Ces derniers proviennent de chasses très réglementées. Après le salage et le séchage des peaux par les skinneurs africains sur place, l’animal (ou ce qu’il en reste) est expédié en caisse jusqu’en France. L’ensemble de ces envois apporte son lot de contrôles des services vétérinaires et des douanes. Chaque bête se voit attribuer un numéro réglementaire de CITES (sigle anglais pour désigner la Convention sur le commerce international des espèces de faunes et de flores sauvages menacées d’extinction). Des délais de six mois à une année sont nécessaires rien que pour le rapatriement de ces animaux. Il faut compter encore une année pour achever la naturalisation de l’un d’eux.

 

La législation en matière de naturalisation est vraiment très stricte et les contrôles ne sont pas rares.

 

Avant la loi sur la protection des animaux de 1976, il était possible de faire naturaliser n’importe quels animaux, par exemple une chouette ou un écureuil malchanceux trouvé sur le bord de la route . . . Depuis cette réforme, les taxidermistes ont perdu en moyenne 40% de chiffre d’affaires et la clientèle de particuliers est réduite. En effet, les naturalisations d’animaux domestiques, tels que les chats et les chiens, sont plutôt rares en taxidermie. Certains professionnels refusent même ce type de demandes. C’est un exercice compliqué de redonner une deuxième vie à l’animal tant choyé et de lui donner l’aspect correspondant au plus proche de celui qu’il avait de son vivant. Les gens sont souvent déçus par le résultat ou alors sous le choc de retrouver leur fidèle compagnon de manière trop réaliste.

 

Patrick Liaud conseille de bien réfléchir avant de prendre une telle décision, ce n’est pas un acte anodin.

 

Taxidermiste : un métier très technique aux multiples facettes.

 

Patrick Liaud est un touche-à-tout, tant dans les espèces qu’il naturalise que dans les techniques qu’il utilise. « Le métier de taxidermiste est le métier le plus complet ! Sculpture, peinture, soudure, dépouillage, couture, connaissance de l’anatomie et du biotope des animaux. » De l’animal Patrick Liaud ne garde que la peau. Il travaille par moulage ou par sculpture pour redonner corps à l’animal. Il lui donne une expression, un regard, une posture. Dans un souci constant de réalisme, il définit son anatomie au plus près de la vérité selon l’âge et la taille de l’animal. En général, à la fin de son intervention, les gens ne voient qu’un simple animal mort. Ils n’ont pas conscience du travail.

 

Derrière les préjugés une peur de la mort ?

 

À travers les attaques contre la profession, le tabou de la mort dans notre société et la manipulation du corps après le décès, la taxidermie intrigue et/ou répugne. Installé au cœur du village, à coté d’un restaurant, Patrick Liaud reçoit beaucoup de visites de curieux. Les portes de son atelier leur sont grandes ouvertes et il parle de son métier avec plaisir. « Les gens ne sont pas obligés d’aimer la taxidermie, mais c’est un métier comme les autres. Il faut apprendre avant de juger, tout le monde veut du respect mais personne n’en donne. »

 

La taxidermie est une profession en voie de disparition. Pourtant elle est importante dans le processus de sauvegarde des espèces disparues ou en voie d’extinction. De plus-en-plus de musées font appel à se savoir-faire pour proposer aux visiteurs un voyage dans le temps ou les sensibilises à la protection animal.

 

Pays

France

Date

21 septembre 2017

Category

Reportages