Les femmes de l'attiéké - Gabriel Loisy
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Les femmes de l’attiéké

A 90km au Nord d’Abidjan, près de la localité d’Agboville, se trouve le village de Grand Morié. C’est ici que 173 femmes sont organisées en coopérative pour fabriquer un des aliments de base des Ivoiriens : l’attiéké (semoule fermentée de manioc). Les femmes s’inscrivent et chacune vient avec son équipe de deux à trois personnes. En trois jours, toutes ensemble, elles transforment jusqu’à dix tonnes d’attiéké.
L’attiéké est une spécialité originaire du Sud de la Côte d’Ivoire. Elle est initialement produite par les Ebriés. La consommation n’a eu de cesse d’augmenter et de s’étendre à tout le pays ainsi qu’à l’exportation. Son succès est dû à son coût bon marché et au fait que c’est un accompagnement adéquat pour les plats typiques du pays (poisson ou viande).

Ce sont les femmes qui gèrent cette production : elles cultivent le manioc, le transforment et le vendent. Souvent, c’est grâce à ce revenu qu’elles peuvent envoyer leurs enfants à l’école, acheter les fournitures pour le quotidien. Si l’attiéké permet de faire vivre des milliers de familles ivoiriennes, le travail qu’il entraîne est extrêmement chronophage et difficile. Il l’est d’autant plus que les femmes n’ont pas de système de garde et emmènent leurs enfants en bas âge avec elles pour travailler. Tout cela doit rentrer dans l’emploi du temps journalier des femmes qui tiennent également toute la maison : ménage, cuisine, soin aux enfants et aux parents.

La production d’attiéké est telle que le marché ivoirien est parfois saturé. Les femmes ne parviennent plus à écouler leurs stocks. Elles cherchent alors des commandes auprès de grossistes ou pour l’exportation vers l’Europe. Elles peuvent également faire de l’attiéké pour le garba (un plat populaire à base de thon) ou une autre sorte d’attiéké appelée l’abgodjama (qualité supérieure).

Une autre difficulté majeure est l’accès à la terre pour les femmes. Traditionnellement, ce ne sont pas elles qui sont propriétaires mais leurs maris, leurs pères ou leurs oncles. Par le fait, si elles viennent à divorcer ou à devenir veuve elles peuvent perdre les terrains qu’elles cultivent. Elles n’héritent pas non plus des terres. Cela est réservé aux hommes. Cet enjeu conditionne radicalement l’avenir de ces femmes et de leurs enfants.

Elodie Fond

Date

18 juillet 2018

Category

Reportages